Musclez votre trompe d’Eustache !

Beaucoup d’entre nous éprouvent des difficultés pour équilibrer leurs oreilles… La cause est souvent dûe à une trompe d’Eustache trop peu perméable. Pour y remédier, il convient de la muscler. Dans cet article, nous avons compilé un ensemble d’exercices qui peuvent vous permettre de mieux appréhender l’équilibrage des oreilles.

Manoeuvres d’équilibrage

Nous allons tout d’abord présenter les manoeuvre d’équilibrage les plus courantes.

La manoeuvre de Valsalva

C’est la plus connue, facile à enseigner en première intention, elle n’est pas dénuée d’inconvénients pour l’oreille moyenne et interne, voire de risque de surpession pulmnaire si elle est réalisée à la remontée.

Nous ne reviendrons pas sur sa technique très vulgarisée, si ce n’est pour répéter qu’un Valsalva bien fait est un “non violent !!! Des Valsalva répétés favorisent une turgescence et congestion des tissus naso-pharyngés, ce qui induit la nécessité d’une pression de plus en plus grande pour ouvrir la trompe au fur et à mesure de la répétition des manoeuvres. Ceci explique que les oreilles ont de plus en plus de mal passer au bout de plusieurs Valsalva.

La manoeuvre de Frenzel

Elle est connue en aéronautique, est délicate à réaliser en plongée avec un détendeur ou un tuba en bouche; elle consiste à produire une hyperpression dans le rhino-pharynx, par rétro-pulsion de la base de langue, à glotte fermée et à nez pincé.

Une variante du Valsalva, moins traumatisante, consiste a effectuer un Valsalva avec un nez non pincé. L’expiration nasale d’un coup sec vient alors non pas buter sur les narines fermées mais au niveau de la chambre du masque de plongée qui recouvre le nez. Elle n’apporte pas les dangers du Valsalva et est facile à renouveller de nombreuses fois de façon itérative et douce. Cette technique a l’avantage de ne pas nécessiter la pince des doigts, ce qui est utile quand les mains sont occupées (comme pour les moniteurs, les photographes, certains scaphandriers), et cette manoeuvre n’entraine pas d’hyperpression thoracique, et réduit notablement les risques d’hyperpression tubo-tympanique.

La béance tubaire volontaire (B.T.V.)

C’est la finalité idéale (possible seulement pour 1/3 de la population !) étant d’avoir une trompe d’Eustache ouverte sans hyperpression (détectée par la sensation de plénitude de l’oreille). De la déglutition simple, aux contractions isolées du voile , de la protraction de la machoire au baillement, cette prise de conscience de la musculature du pharynx conduit à la Béance Tubaire Volontaire (initiée par DELONCA). De nombreux plongeurs n’arrivent pas à la pratiquer, et un certain nombre la réalise de façon intuitive. Ceci explique le grand intérêt des exercices musculature qui va faciliter grandement les manoeuvres actives, en leur permettant d’être plus douces (car elles mettent la trompe en position favorable d’ouverture). Elle va permettre par ailleurs à un plus grand nombre de plongeurs de pratiquer des manoeuvres passives.

La manoeuvre de Toynbee

ATTENTION, elle ne doit être pratiquée que pour la remontée.

Elle consiste en une déglutition et une inspiration nasale, nez pincé. Elle crée une dépression au niveau du rhino-pharynx qui favorise l’aspiration de l’air en excès contenu dans l’oreille moyenne. C’est en quelque sorte l’inverse du Valsalva. Cette technique est utile dans certaines situations lors de la remontée ou pour quelques rares plongeurs.

Exercices de Gymnastique tubaire

Le but de ces exercices est une meilleure prise de conscience des manoeuvres passives d’ouverture de la trompe d’Eustache,  qui en tonifiant ses muscles,  vont en faciliter l’ouverture. Ces exercices sont préconisés chez de nombreux plongeurs aussi bien en libre qu’en bouteille. Ces exercices se font devant une glace au début, tête un peu relevée, les doigts placés en pince sur la gorge, environ 1 cm au dessus de la pomme d’Adam, au niveau de la zone de l’os hyoïde. Ce dernier se mobilise à la déglutition.

1. Exercices de langue

Il s’agit de mobiliser la base de langue. Les exercices se font bouche ouverte puis bouche fermée.

  • Alternativement tirer la langue le plus en avant possible, comme pour toucher le menton, puis la rentrer et la pousser le plus possible en arrière et en bas, en laissant la pointe de la langue sur le plancher de la bouche
  • Balayer le palais et le voile du palais: pour celà, placer la pointe de la langue derrière les incisives supérieures et racler d’avant en arrière le palais comme pour l’essuyer, en essayant de toucher la luette

2. Exercices du voile du palais

Il s’agit de”relever la luette”. C’est le plus important des exercices. Les exercices se font d’abord bouche ouverte, puis bouche fermée.

On a recours à un mouvement de déglutition incomplet et s’arrêtant au stade de contraction du voile du palais, sans déglutition de salive. Commencer par des exercices exagéremment lents pour bien sentir les sensations avant de réaliser des contractions du voile rapides et successives qui sont les plus efficaces pour ouvrir la trompe d’Eustache…

  • Ebaucher un mouvement de déglutition sans avaler en essayant de creuser le voile et de relever la luette. Le contrôle de l’efficacité se fait en contrôlant le déplacement de l’os hyoïde.

3. Exercices de la Mâchoire inférieure

Ceci se fait bouche ouverte et puis fermée.

  • Avancer et reculer le plus possible la machoire inférieure.
  • Mettre celle-ci alternativement à droite et à gauche

4. Exercices de langue et de voile du palais

Ces exercices se font tout d’abord bouche ouverte puis bouche fermée.

  • La pointe de la langue appliquée contre les incisives inférieures, l’arrière de la langue est poussé en bas et en arrière.
  • Puis pratiquer un mouvement de déglutition incomplet s’arrêtant au stade de contraction du voile.

Pour contrôler l’efficacité de cet exercice, : l’os hyoïde abaissé par la poussée de la base de langue doit être encore plus abaissé par le mouvement de déglutition incomplet.

5. Exercices de mâchoire inférieure, langue et voile du palais

La pointe de la langue prend appui contre les incisives inférieure, la mâchoire inférieure est projetée en avant, la langue est sortie au maximum hors de la bouche (la pointe toujours appliquée contre les dents!). Contracter alors le voile du palais en faisant un mouvement de déglutition incomplet.

Conclusion

La 1ère semaine, faire chaque jour bouche ouverte puis fermée :

  • 5 fois minimum les exercices 1 et 3
  • 10 fois minimum les exercices 2.

La 2ème semaine, faire chaque jour 10 fois minimum les exercices 4.

La 3ème semaine, faire chaque jour 10 fois minimum les exercices 5.

La 4ème semaine, faire chaque jour 10 fois les exercices 2, 4, et 5

Bon courage ! Ainsi vous musclerez votre trompe d’Eustache et peut être parviendrez vous à maîtriser la B.T.V. ! En tous cas, vous profiterez mieux de vos plongées.

10 comments

  1. Bonjour
    J’ai moi aussi réalisé ces exercices qui ont effectivement apporté une meilleure résistance à mes trompes d’Eustache, plus de douleurs aux oreilles. Cependant, étant dans le cas de Alexe, avec des soucis de sinus restreints (polypose), cela n’a pas amélioré le passage des sinus. Par contre, cela a diminué les acouphènes que je ressentais du “mauvais” côté (le gauche pour moi).
    Mais là n’est pas le problème : j’ai réalisé ces exercices durant un grand laps de temps, et ai souffert quelques semaines plus tard d’un RGO (remontées acides dans l’oesophage). Peut-il y avoir un lien entre les deux? Ces exercices peuvent ils entraîner des remontées gastriques?
    Merci de votre réponse car on trouve ces exercices maintenant un peu partout sur les sites de médecins du sport/plongée.

    1. Merci pour ce retour ! Je n’ai aucune idée sur un quelconque rapport entre cette pathologie et les exercices. Le plus simple serait de poser la question à un médecin fédéral ou à un ORL
      Sportivement

      1. C’est ce que je vais faire, mon généraliste n’en ayant aucune idée. Je posterai son avis en retour. A bientôt!

        1. Bonjour,
          Oui il y a un rapport direct entre les exercices et les RGO : quand vous tentez de bloquer votre déglutition, vous avalez probablement de l’air.. d’où les reflux (air accumulé par l’estomac qui ouvre le cardia plus souvent que prévu part les déglutitions répétées)..

    2. Super cet article, vraiment! Et merci beaucoup!!!
      Je souhaiterais enchaîner sur une technique yogi que les apnéistes doivent découvrir: kechari mudra.
      Avec mes remerciements renouvelés

  2. Merci car cela fonctionne bien ! Moi qui ai des soucis d’oreille droite et de trompe d’eustache “collée”, les exercices m’ont aidé à enfin décompresser cette oreille (BTV).
    C’est cool !

      1. J’ai le conduit de la trompe d’Eustache qui est comprimé… assez “collé” à l’oreille droite, “naturellement” (aucun soucis oreille gauche). Je fais des intolérances alimentaires assez importantes (pas des allergies), ça me fait plein de reflux gastrique, du coup j’ai les conduits ORL de gonflés et qui du coup laissent pas assez passer d’air. Je prends un produit pour le nez à base de cortisone en pchitt. Du coup mon oreille droite est très capricieuse pour la décompression, suis obligée de faire plein de mouvements de mâchoires, ces exercices pour ouvrir le conduit au maximum…. Ensuite, j’ai plus de soucis dans l’eau douce que dans l’eau salée (ce qui est logique d’après l’ORL, car l’eau douce “entre” et l’eau salée “ressort” de ce qu’elle m’en a dit). Après il y a aussi un paramètre un peu psy dans le problème des oreilles. Quand on sait qu’on a un souci, on focalise bcp plus dessus, et je pense que ça ne fait qu’aggraver le problème de base. Typiquement je suis plus embêtée en carrière quand il fait froid et que je suis toute contractée qu’au soleil en vacances….. En fait une fois que tu as bien conscience de comment ton corps réagit, ça se gère. Je fais avec, dès fois ça passe, dès fois je mets 4min à descendre… Dernièrement j’ai testé la descente non à pique mais de manière bien plus douce en se baladant, et c’est finalement passé tout seul…. 🙂

      2. Et donc effectivement faire ces exercices régulièrement et aussi avant d’entrer dans l’eau ça fonctionne vraiment bien, ça a un effet purement mécanique sur l’ouverture des conduits et en plus ça a tendance à rassurer 🙂

      3. Et enfin n’hésites pas à aller voir un ORL qui plonge, qui sait ce que c’est que la plongée, c’est pas le cas de tous (j’ai dû en changer car le premier n’y connaissait rien en plongée). Un orl qui plonge connait les besoins et les problématiques liés la plongée 🙂 Au pire voir avec la fédé et les médecins de la fédé de là où tu habites 🙂

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